May 302015
 

Mon article publie dans le journal L’ opinion jeudi 21 Mai sous un autre title: Deshumanisation par l’ inculture.

Démosthènes Davvetas
Djihadisme idéologique

La réforme de la ministre de l’Éducation de France concernant le collège a quelque chose de commun, d’apparenté à la tendance correspondante de l’actuel ministre grec de l’Education qui a appelé à l’abolition des écoles pilotes et d’excellence. Et les deux propositions s’alignent sur une même longueur d’onde idéologique et politique, qui considère qu’il faut se détacher de l’enseignement classique et mettre l’accent sur la puissance de la technique. Au fond, ces gens voient la culture spirituelle et intellectuelle au sein de la culture humaine, comme l’ennemie de leur conception qui vise avant tout à une parfaite expertise technique. Conception qui tend vers une idéologie interdisciplinaire, laquelle n’a pas besoin de fondations stables comme le grec et le latin. De ce point de vue, ces deux langues, les mêmes qui ont historiquement mis en mots un code humaniste de valeurs, sont à considérer comme “mortes”. Non parce qu’elles ne sont point parlées quotidiennement, mais parce qu’elles sont mortes dans l’esprit des idéologues obsédés de gauchisme.

Or leur monde, qui ne prend pas en compte les traditions, qui ne veut pas avoir de racines culturelles ni de mémoire historique, s’offre comme vitrine mondiale. C’est un monde doté d’énormes jambes artificielles greffées sur un corps entraîné, mais qui n’a ni coeur ni esprit créatif. Il lui manque l’aventure intérieure et spirituelle. Ce monde, cette moitié, cette image de monde, est un monde-outil-technique. Il est une fallacieuse interprétation des paroles célèbres d’Andy Warhol: «Je veux devenir une machine». Il s’agit d’une dé-subjectivation du citoyen, aux fins de sa dépersonnalisation. Il s’agit de transformer le citoyen en un instrument mécanique, afin de le convertir en un outil utilisable. Au nom d’une internationalisation sans racines dont tout l’horizon est une vie technomécanique, nœud des obsessions idéologiques de la gauche, on s’attaque à la spiritualité (comme conscience de soi durable), à la culture (comme la recherche d’autonomie) et à l’humanisme en tant que fondement de la société moderne et civilisée.

Indépendamment des langages de la technique, de la science, de la philosophie et des arts, le grec et le latin impliquent un code de valeurs qui entend inciter les jeunes à la sagesse, à ce qui est beau et bon. Ces langues-là poussent à une constante découverte de soi et aident à une prise de conscience culturelle. Elles fonctionnent comme le miroir et le futur de notre civilisation. Leur étude nous aide à devenir meilleurs, selon l’expression de Jacqueline de Romilly. Nous ne deviendrons pas meilleurs par le fait de nous dépouiller de notre mémoire culturelle et historique, de nous dépouiller des questions éthiques et enrichissantes pour l’esprit que nous a, si rigoureusement et généreusement, offertes notre éducation classique. Cette éducation visait toujours « l’Ariston », le «plus grand bien», c’était son but durant la vie, comme l’expliquait Aristo-telès (« celui dont le plus grand bien est le but »), soit le philosophe Aristote. C’est la raison pour laquelle je pense que de tels projets, tout autant que leurs ministres, obéissent à une conception idéologique visant à une brutale dés-humanisation de l ‘«Homme». L’homme est leur ennemi. Nous sommes devant un djihadisme idéologique qui conduit mathématiquement à l’inculture. Ce sont des projets qui voilent à peine une haine de notre histoire en elle-même, qui recèlent un déni qui mène à l’autodestruction. Mais ils oublient, ces idéologues de gauche, qu’il n’y a pas de vie sans humanité, qu’il n’existe pas d’humains dépourvus de sensibilité. Une vie mécanique est une vie artificielle et n’a aucune valeur. Seul ce que nous percevons existe et importe, disait Epicure. Tout le reste ne vaut pas de se mettre en peine, puisque cela n’existe pas. De ce fait, notre humanisme humaniste est un hymne à la beauté éternelle et à la vie au présent.

Démosthène Davvetas
Professeur de philosophie de l’Art, poète, artiste visuel.

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