Jun 232015
 

                     Instant zéro pour la Grèce

 

Une guerre singulière de déclarations a récemment éclaté entre Bruxelles et Athènes. Le Premier Ministre grec M. Tsipras a accusé, au Parlement, les institutions d’exiger une augmentation de la TVA sur l’électricité et une réduction des salaires et des pensions. Déclarations qu’a niées avec colère le président de la Commission, Jean-Claude Junker, appuyé en cela par le vice-président de la Commissions Européenne M. Dombrowskis, soulignant qu’il avait seulement demandé au gouvernement grec de prendre des mesures en vue de la stabilité économique et de la croissance. Dans cette ambiance, sont venues se greffer les déclarations de M. Moskovici selon lesquelles “l’euro sans la Grèce serait un échec interne de la zone euro, et l’euro sans règles serait un échec externe de la zone euro.” Où est la vérité? Qui ment? Car les deux parties ont leurs arguments évidents et cachés. Les gens de Bruxelles ont un  intérêt stratégique évident à un fonctionnement équilibré du système économique et par extension au bien-être de la communauté européenne. Du côté de l’évidence, il appartient à la Grèce, en tant que pays de cette communauté, de s’harmoniser avec les règles qui s’appliquent à tous les autres pays. Cependant que sous l’aspect occulte de leur stratégie, les gens de Bruxelles visent à affaiblir le gouvernement grec. Voici pour quels motifs :

C’est un gouvernement de gauche, qui ne parle pas le «langage social-démocrate» et lève haut son étendard de révolutionnaire communiste, mettant l’accent sur son opposition à la politique économique européen, qui se traduit par le renforcement de l’étatisme et par l’affaiblissement de l’opérateur privé. Il ne tient pas à se montrer intégré à la réalité européenne actuelle, et à la première occasion il s’en réfère à une volonté de reversement des autorités européennes existantes grâce à des soulèvements de population, des mouvements de résistance d’indignés et autres, qui rappellent surtout des rodomontades marxisantes absurdes du type Chavez. Et cependant, le gouvernement grec actuel n’a pas pris le pouvoir en promettant le « paradis communiste », mais en promettant à tout le monde de mieux négocier avec les créanciers, et de se mettre d’accord avec eux sur des mesures moins rigoureuses pour les grecs que celles du précédent gouvernement. Choses que ne reflète pas le cours des négociations menées jusqu’ici. Par conséquent, la relation de confiance entre Bruxelles et Athènes s’est altérée. Et il est logique que l’Union européenne adopte tacitement l’idée d’un «échec» du gouvernement grec. Mais elle ne veut pas voir se passer deux choses : que souffre le peuple grec comme l’a fait ressortir Jean-Claude Junker, et que soit trahie la géopolitique de l’Occident envers l’Europe de Sud, chose sur quoi ont insisté de la même façon les Américains, en essayant de façon réitérée de contribuer à la réalisation d’un accord entre les deux parties. Maintenant, Athènes de son côté a également sa propre duplicité stratégique : du côté visible, elle dit qu’elle ne veut pas d’autres coupes horizontales dans les salaires et les pensions, qu’elle veut un aménagement de la dette avec sa réduction, qu’elle veut investissement et développement. Qui ne voudrait y atteindre ? Mais cependant, elle ne fait jamais aucune propositions chiffrées, elle rechigne à un contrôle financier « inutile », elle ne s’accorde pas avec la politique économique de la Communauté Européenne, elle oppose en permanence des lignes rouges de refus en travers de la table des négociations et à la moindre occasion accuse l’UE à la face du monde, en déformant la réalité et en empoisonnant l’atmosphère propice à un accord. Pourquoi agir ainsi ? N’y a-t-il aucun intérêt à parvenir à cet accord ? Ici intervient la stratégie occulte du gouvernement grec : soit il veut pousser les citoyens jusqu’aux limites de l’épuisement mental, de manière à ce que, lorsque surviendra le douloureux accord, il obtienne leur consentement après une bataille « féroce » qu’il a menée pour le bien de la patrie, y gagnant ainsi avec son parti un avantage moral. Soit à présent, il a décidé que le temps est venu d’entrer en conflit avec les créanciers et de sortir de l’euro et de l’UE, en incriminant à cet effet la politique européenne et son intransigeance.

Ce qui signifierait qu’il s’est déjà tourné vers Poutine ou les Chinois, parce que sinon, ce serait s’embarquer pour un périple politique vers l’inconnu à bord du seul esquif de l’espoir ! Quoique nous n’ayons aucun indice de soutien direct de la partie russe, n’importe laquelle des solutions qu’on vient de voir ci-dessus entraînerait la Grèce vers une forme d’anachronisme à la Chavez, vers ce genre de populisme maladif qui se nourrit de narcissisme nationaliste, vers  la disparition de la démocratie et de toute modernisation future, et par dessus tout, vers le risque de manipulation totalitaire de l’information et de la liberté, d’après le modèle «révolutionnaire» d’Antonio Gramsci. Une telle évolution serait pénible à la fois pour les partenaires européens de la Grèce mais aussi pour la Grèce elle-même, qui se trouverait ainsi divisée par une controverse incontrôlable entre droite et gauche, au détriment de la civilisation, des institutions et des citoyens du pays.

 

                                              Démosthène Davvetas

                         Professeur de philosophie de l’art, poète et artiste.

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